Rencontre avec Tui. T. Sutherland | Gallimard Jeunesse

Entretien

Publié le 08/07/2020

Rencontre avec Tui. T. Sutherland

Tui. T Sutherland répond aux questions de Nathalie op de Beeck
27 juin 2019

Par Nathalie op de Beeck Le 13 juin 2019


Les jeunes lecteurs ont de grandes chances d’avoir déjà rencontré des livres de Tui T. Sutherland, qu’ils aient été écrits sous son propre nom ou sous un pseudonyme. Éditrice chez HarperCollins, elle a contribué, au sein du groupe d’auteures connu sous le nom de « Erin Hunter », à développer la longue série La Guerre des clans, qui relate les conflits et intrigues entre des clans de chats. Elle a aussi écrit en tant qu’Erin Hunter dans la série de La Quête des ours, et a créé avec sa sœur Kari Sutherland la série SOS créatures fantastiques (à paraître en octobre 2019 chez Gallimard Jeunesse). Pour Scholastic, elle a contribué à la série Animal Tatoo, a rédigé huit livres dans la série Pet Trouble qui parle de problèmes canins, et a créé la série épique des Royaumes de feu (Gallimard Jeunesse), située sur deux continents habités par des dragons. Les deux premiers volumes de cette série ont été adaptés en bande dessinée par Barry Deutsch (à paraître en septembre 2019 chez Gallimard Jeunesse). Le treizième épisode des Royaumes de feu paraîtra en français en 2020.

Tui T. Sutherland a donné cette interview depuis chez elle, dans le Massachusetts, aux États-Unis. Pour bénéficier de l’assistance d’une experte, la journaliste a embauché comme consultante sa propre fille de dix ans, Oona, grande lectrice de Sutherland spécialisée dans les Royaumes de feu. Oona s’est empressée de poser la première question.

Oona : Quand vous avez décidé de devenir écrivaine, avez-vous choisi spécifiquement d’écrire pour les jeunes lecteurs ? Et si oui, pourquoi ?
En effet, j’ai fait ce choix pour… oh là là, plein de raisons ! J’ai toujours aimé les livres pour les enfants, parce qu’il me semble que c’est le public le plus intéressant, et celui qu’on peut toucher le plus. Je me rappelle encore les livres que je lisais quand j’avais dix, onze ou douze ans : je pense qu’ils ont forgé ma personnalité et ma vision du monde, ainsi que le genre d’être humain que je voulais devenir.
Travailler dans ce domaine est formidable. J’aime les histoires joyeuses et optimistes. Il y a plein d’événements sombres et effrayants dans les Royaumes de feu, mais j’essaie toujours de tendre vers cette idée d’espoir et de possibilité ; l’idée que peu importe qui l’on est, on peut contrôler son propre destin. Je veux que les enfants aient ce sentiment quand ils referment mes livres.

Vous dites que des livres vous ont formée. Vous rappelez-vous certains livres en particulier que vous avez lus entre dix et douze ans ?
Je pense toujours à Anne et la maison aux pignons verts, d’autant plus que je l’ai relu récemment et que j’ai éprouvé ce sentiment étrange de me dire « Attends un peu : étais-je exactement comme l’héroïne avant de lire ce livre, ou est-ce que c’est parce que j’ai lu ce livre que je suis devenue exactement comme elle ? Est-ce pour cela que je suis ce que je suis ? » Ça ne m’étonnerait pas.
Je lis beaucoup d’histoires de ce genre, avec des filles voulant devenir écrivaines, raconter leurs propres histoires, prendre leurs vies en main. Je dois aussi mentionner La ballade de Pern d’Anne McCaffrey, avec Menolly et ses lézards de feu : une fille qui vit dans un monde où elle n’a pas beaucoup de choix qui s’ouvrent à elle, mais qui s’en crée toute seule.

Pouvez-vous nous parler de votre jeunesse et de ce qui a conduit aux Royaumes de feu ?
Quand j’ai terminé mes études, je ne savais pas quoi faire. J’avais toujours voulu devenir écrivaine, et quand j’étais petite, j’écrivais tout le temps. Je commençais plein d’histoires. Oona, aimes-tu écrire ?

Oona : Oui, j’aime écrire. J’ai essayé d’écrire une histoire. Mais je n’ai fait que le début.
Eh bien, c’est justement ce que j’allais dire. Si ça t’arrive, ne te décourage pas, parce que c’est parfaitement normal. J’adorais écrire des commencements, mais ensuite je me lassais et je passais à autre chose. Je ne terminais presque jamais mes récits. Mais je trouvais que c’était amusant d’écrire, et passionnant d’inventer des nouveaux personnages et des univers. Je dessinais des cartes et je nommais toutes les parties de ces mondes.

Au lycée et à l’université, j’ai eu moins de temps pour écrire. Après mes études, j’ai envisagé de faire des études spécialisées d’histoire de l’art, ou de devenir metteuse en scène… J’avais plein d’idées différentes. Mais d’abord, je suis retournée chez mes parents, parce que je n’avais pas de projet précis. Ils m’ont accueillie chaleureusement, mais au bout d’une semaine, ma mère a commencé à me lancer des allusions assez lourdes, du genre « Tu repars quand, déjà ? » [Rires]. Du coup, je suis allée en Nouvelle-Zélande pendant six mois : ma mère est originaire de là-bas, d’où mon prénom. J’ai logé chez mon oncle tout en suivant plusieurs cours à l’université d’Auckland, et l’un d’eux portait sur la littérature jeunesse. J’en revenais toujours à l’écriture, et en particulier aux livres pour les enfants. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à chercher des idées de romans.

Quand je suis revenue aux États-Unis, j’ai vu une petite annonce dans le New York Times pour un emploi chez Penguin. J’y suis allé, et j’ai passé des entrevues pour un travail d’assistante éditoriale. On m’a dit : « Nous avons deux postes à pourvoir en ce moment : le premier aux essais pour adultes, et l’autre au département jeunesse ». Et je me suis dit « voilà un choix facile ! ». Ma supérieure était Jane O’Connor, qui a depuis écrit la série Fancy Nancy. C’était mon premier mentor dans l’édition.

Quelles leçons sur l’écriture avez-vous tirées de vos débuts dans l’édition ?
Ce qui était génial dans le fait de travailler chez Grosset et Dunlap, c’est que j’ai pu faire pas mal de petits boulots d’écriture tels que des livres de gommettes ou des albums pour tout-petits, ce qui était un bon moyen d’entrer dans le processus d’écriture. C’est Jane qui m’a demandé un jour : « Voudrais-tu essayer d’écrire quelque chose d’un peu plus long ? », et j’ai rédigé un ouvrage sur Harry Houdini pour notre collection de biographies.

Ensuite, je suis passée chez HarperCollins. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire toute seule, chez moi. Mon premier roman était une réécriture de Songe d’une nuit d’été [This must be love, HarperCollins, 2004], située de nos jours, mettant en scène deux filles qui s’échangeaient des petits mots. C’est très drôle de le lire maintenant, parce que c’était avant les smartphones – je crois même qu’elles n’avaient pas d’emails ! Elles allaient déposer des bouts de papier dans leurs casiers respectifs… Un ado qui lirait ça aujourd’hui se demanderait « mais ça date de quel siècle ? »
J’ai fait plein de choses après ça. J’avais toujours un projet personnel en cours, mais j’acceptais aussi tout ce qu’on me proposait.

Vous avez été l’éditrice de La Guerre des clans et avez écrit une partie de la série de La Quête des ours sous le pseudonyme d’Erin Hunter. Comment fonctionne en coulisses ce processus d’écriture collaborative ?
J’ai été l’éditrice de La Guerre des clans pendant les quinze premiers volumes. Quand nous avons commencé, Vicki [Victoria Holmes] trouvait les idées pour les romans. Elle rédigeait un synopsis développé, puis elle me l’envoyait à HarperCollins. Je vérifiais tout ça et j’apportais des changements conséquents à l’intrigue, après quoi on en discutait ensemble. Une fois qu’on avait une histoire qui nous satisfaisait toutes les deux, on l’envoyait à l’une des deux auteures qui alternaient à l’époque, Kate Cary et Cherith Baldry. Donc on pouvait avoir Kate qui travaillait sur le premier volume tandis que Cherith écrivait le deuxième, avec des allers-retours entre elles, pendant que Vicki préparait déjà le troisième.

La Guerre des clans a vraiment connu du succès après les six premiers volumes. Ça a pris de plus en plus d’ampleur, HarperCollins en voulait toujours davantage, et c’est Vicki qui a eu l’idée d’élargir l’univers à une autre série, La Quête des Ours. La série a été confiée à une autre éditrice après mon départ, et c’est elle qui m’a dit « Tu sais, ce serait bien qu’on ait une Erin Hunter supplémentaire ! ». C’est comme ça que j’ai fait un guide de La Guerre des clans, pour tester mon style en tant qu’Erin Hunter, et puis j’ai écrit le premier, troisième et cinquième volume de La Quête des ours.

Ce processus de collaboration a-t-il changé quand vous êtes passée de la position d’éditrice à celle d’auteure ?
C’était pareil dans le sens où je recevais un synopsis chapitre par chapitre de Vicki, sur lequel je me basais pour écrire. Mais c’était aussi différent, parce que je ne pouvais plus rien changer ! Je devais m’adapter à l’histoire qu’on me donnait. Vicki est bien plus sombre que moi : elle fait mourir plus de personnages que moi, et dans des circonstances plus horribles ou tragiques. Dans La Guerre des clans, je pouvais la freiner : j’ai sauvé autant de chats que possible. Mais je ne pouvais plus faire ça avec La Quête des ours, et il a fallu que j’accepte toutes ses idées insensées ! [Rires] Cependant, apprendre à écrire avec des styles différents était un excellent exercice. « Erin Hunter » a une plume très différente de la mienne. Et j’ai aussi fait quelques spin-offs de La petite maison dans la prairie, où il a fallu que j’écrive dans le style de Laura Ingalls Wilder. J’aime tester la manière dont des auteurs très différents de moi écrivent, pour ensuite en revenir à ma propre voix. Ça m’a permis de mieux définir ce que je voulais qu’elle soit.

Oona : Quand et comment avez-vous décidé d’écrire la série des Royaumes de feu ? Pourquoi avez-vous choisi de raconter des histoires de dragons ?
Il y a un lien avec ce qu’on disait, parce qu’après avoir démissionné pour devenir écrivaine à plein temps, j’ai fait plein de choses : des novellisations des Pirates des Caraïbes, une série de fiction réaliste appelée Pet Trouble au sujet d’enfants avec leurs chiens, les spin-offs de La petite maison dans la prairie, les contributions à La Guerre des clans et à La Quête des ours… Mais moi, ce que je voulais vraiment écrire, c’était de la fantasy avec des grandes histoires épiques, mais drôles, et avec des personnages intéressants auxquels on s’identifierait facilement. Mon agent [Steven Malk, chez Writers House] m’a dit : « Tu n’as jamais pensé à une série fantastique dont les personnages principaux seraient des dragons ? ». L’idée m’a plu tout de suite. Comme je le disais, j’ai lu toute la Ballade de Pern de MacCaffrey, et j’ai aussi lu Téméraire de Naomi Novik : deux séries excellentes !

La différence entre écrire sur des dragons et écrire sur des ours ou des chats (en dehors du fait que c’étaient mes propres histoires, mes propres personnages, et que je pouvais faire des romans aussi joyeux ou optimistes que je voulais), c’est que les dragons, grâce à leur côté magique, peuvent être plus proches des humains. Ils peuvent avoir des livres, des châteaux, de la musique, des sortilèges : des éléments qui m’ont aidée à bâtir un univers dans lequel j’avais envie de passer du temps. J’ai beaucoup aimé participer à La Guerre des clans et à La Quête des ours, et ça m’a énormément appris sur la manière de construire une scène ou de créer un cadre, ce qui était auparavant un de mes points faibles. Mais les dragons m’ont fourni un milieu tellement plus divertissant ! C’était comme une palette plus grande, plus fantastique, avec beaucoup des choses que j’aime, en particulier des livres ; j’ai toujours voulu lire des romans de fantasy où les personnages lisent des livres, parce que c’est ce à quoi je passe mes journées.

Oona : Je voulais savoir si vous fondez les caractères des dragons sur des gens que vous connaissez, et si vous avez un dragon préféré ?
Bien sûr ! J’essaie de faire en sorte que les dragons ne soient pas trop directement inspirés de quiconque. La grande exception, c’est dans le huitième volume, où il y a un petit dragon nommé Falaise [un Aile du Ciel], fortement inspiré de mon deuxième fils, qui avait trois ans à l’époque.
J’ai commencé à écrire ces romans juste après la naissance de mon aîné, donc je pensais beaucoup à la parentalité et à la manière dont on forge des caractères, à la fois en tant que parent et en temps qu’auteure. Comment forme-t-on ces personnages, ces petits êtres ? J’ai réfléchi à ce que j’aurais voulu que soit mon fils, et en gros, ça correspondait à Argil [un Aile de Boue qu’on rencontre dans le premier volume]. J’imaginais mon aîné comme le grand frère de la famille. Je voulais qu’il soit gentil, loyal, et qu’il agisse pour des bonnes raisons. Je ne peux pas dire qu’Argil est basé sur mon fils, parce que ce n’était alors qu’un bébé, mais il me semble que c’est ce qu’il est devenu ; il a aujourd’hui neuf ans, et j’estime que j’ai eu beaucoup de chance. Je ne pense pas que c’est moi qui aie eu cet effet sur lui ; il est tout simplement parfait tel qu’il est.

Ensuite, son petit frère est arrivé, et c’est une personnalité tellement étonnante ! C’est le petit bonhomme le plus drôle et le plus farfelu qu’on puisse imaginer. D’un côté, je voulais que Qibli [un Aile de Sable qui apparaît dans le cinquième volume] lui ressemble, parce qu’il est malin et diligent, mais Qibli était en train d’acquérir sa propre personnalité, et je ne voulais pas que ça se mélange dans ma tête. Alors j’ai décidé de créer un personnage ayant complètement la personnalité de mon fils, et c’est Falaise. Je me suis bien amusée avec lui.

Avez-vous imaginé Les royaumes de feu comme une série illimitée de livres au sujet du même groupe de personnages ? Comment est-ce que ça a évolué ?
Ça a commencé comme une série de cinq livres, et c’est comme ça que je les ai programmés. Les tomes 1 à 5 forment un cycle, les tomes 6 à 10 un autre, et les livres 11 à 15 formeront un troisième cycle. D’une certaine manière, j’ai vu ça comme les saisons d’une série télévisée. J’étais une grande fan de Buffy contre les vampires, et dans cette série, il y avait toujours un grand méchant qui était vaincu à la fin de la saison, mais il restait plein de trucs en suspens pour la saison suivante, au cas où la série continuerait. Donc chaque cycle de cinq livres raconte une histoire en entier, mais prépare aussi le terrain pour un autre cycle, si on veut en lire davantage.

Oona : La couverture de vos romans représente généralement le dragon dont le point de vue est celui de la narration. Pourquoi avez-vous décidé de raconter chaque livre à travers un personnage différent ?
Oui, oui, et je suis tout excitée à cette idée ! J’adore mettre en scène des personnages drôles et dynamiques. Je me suis vraiment amusée avec des dragons comme Gloria [l’héroïne Aile de Pluie du troisième tome] et Péril [l’Aile du Ciel du huitième]. Péril dit plein de choses que je ne dirais jamais moi-même.

Je m’intéresse davantage à chaque personnage et à la manière dont ils évoluent au fil d’une histoire qu’à l’intrigue générale, la guerre ou la prophétie. Je ne m’ennuie jamais, parce que je passe sans arrêt à un nouveau personnage et je dois m’occuper de sa situation, de son histoire, et de la manière dont il va gérer tout cela. De manière générale, dans la fantasy, je n’aime pas beaucoup l’idée qu’il y a un héros qui va sauver le monde et qu’on n’a plus qu’à attendre son arrivée en se tournant les pouces. Je préfère l’idée que chaque personne a sa propre histoire et peut faire la différence. Donc j’ai toujours aimé raconter une histoire du point de vue d’une personne, puis tout retourner et recommencer en changeant la perspective.

Nous voulions vous interroger au sujet de la violence, parce que des événements mortels surviennent régulièrement dans les cinq premiers tomes. Avez-vous déjà hésité à tuer des personnages ? Vous en avez un peu parlé tout à l’heure, au sujet du style d’Erin Hunter.
Quand j’ai commencé cette série, je me suis dit : ce sont des gigantesques lézards volants avec des crocs et du feu, donc leur environnement est forcément violent. J’ai essayé d’opposer mes cinq petits dragons au reste du monde. À l’époque, je participais à un groupe d’écriture formidable, et les autres n’arrêtaient pas de me dire qu’il fallait qu’on voie les conséquences de la guerre pour comprendre pourquoi il était si important de l’arrêter.

Par la suite, je me suis rendu compte que je ne voulais pas juste cinq dragons gentils et tout un monde de méchants. Ça n’aurait pas été très drôle. Chaque fois que je faisais la connaissance d’un nouveau personnage, j’avais envie de mieux le comprendre, surtout quand ils ont commencé à rencontrer leurs frères et sœurs de par le monde, ou les dragons plus paisibles des forêts tropicales. Ça a donc évolué au fil du temps, et le nouveau continent [à partir du onzième volume] m’a donné l’occasion de recommencer à zéro et d’inventer une société complètement inédite. J’y ai mis des choses auxquelles je pense maintenant, par exemple sur la situation sociale et politique dans laquelle nous nous trouvons, et la manière dont on peut l’adapter à un monde de dragon.

Oona : Vos dragons utilisent l’argot, et malgré les enjeux dramatiques des romans, ils s’expriment ou réagissent souvent avec des formules drôles ou provocantes. Pourquoi avez-vous décidé d’écrire les dialogues ainsi ?
Une grande partie de la fantasy, en particulier pour les plus âgés, est d’un accès difficile pour les enfants et même pour les adultes parce qu’elle regorge de langage ampoulé et d’expressions datées. Mais actuellement, il y a beaucoup de fantasy pour les plus jeunes qui n’y recourt pas. Personnellement, je préfère de loin les livres drôles, et je voulais que les enfants comprennent à quel point ce genre peut être merveilleux : des intrigues monumentales, des retournements de situation stupéfiants, les transformations et toutes ces choses incroyables qui peuvent arriver, mais avec un style accessible et proche du lecteur, amusant à lire, et aussi à écrire. C’est vraiment intentionnel. Je veux avoir le sentiment que ce sont des vrais enfants qui vivent ces aventures, même si ce sont des dragons !

Oona : Les dragons ont des similarités avec les insectes (abeilles, papillons et papillons de nuit) et pas seulement avec les humains. Quel genre de recherches faites-vous pour ces livres ?
Quand j’ai commencé à imaginer le continent pour le onzième volume et à réfléchir au genre de dragons que je voulais y voir, j’ai su tout de suite que je voulais de nouvelles tribus. J’avais déjà imaginé des catégories de dragons basées sur un habitat (Sable, Boue, Ciel, etc.), ce qui m’était venu en regardant des documentaires tels que Planète Terre. Je me suis retournée vers des documentaires sur la nature pour trouver de nouvelles idées, et j’ai fini par en voir un appelé La vie dans les sous-bois, qui était merveilleux et terrifiant – à ne pas regarder juste avant d’aller se coucher. Toutes ces choses sur les guêpes ! C’est la première fois au cours de mes recherches que j’ai pensé : non, ça c’est trop affreux pour que je le mette dans mes romans. Les animaux font des choses bien pires que ce que je veux que fassent mes dragons ! Mais ça m’a donné plein d’idées. Bien entendu, l’intelligence en essaim est quelque chose qu’on a déjà vu dans la fantasy, mais là, il y avait une guêpe capable d’injecter son venin à une chenille ou à une fourmi pour l’obliger à faire ce qu’elle voulait pendant un certain temps. Il y avait tant de comportements intéressants chez les insectes, sans compter que ça m’a fourni toute une liste de noms. Cricket, la dragonne en couverture du douzième volume, m’est venue tout de suite. Je me la suis représentée en entier immédiatement.

Comment réussissez-vous à écrire autant de livres ? Avez-vous un programme d’écriture quotidien, ou une règle d’écriture que vous vous imposez ?
Une grande partie de ma production se fait au milieu de la nuit. Je suis vraiment une noctambule, donc j’écris beaucoup entre onze heures du soir et trois ou quatre heures du matin. Ce sont les heures où je travaille le mieux, et c’est le moment où on me laisse tranquille. Mais ça ne marche pas toujours, surtout à cause de mes obligations familiales. Rester éveillée jusqu’à trois ou quatre heures n’est pas l’idéal. Je le fais parfois quand même, et je souffre ensuite le lendemain. Mais est-ce que je peux trouver un moyen de respecter mon planning dément et de m’adapter quand même au rythme de mes enfants ?

Une chose que j’essaie de faire, c’est d’écrire au moins une phrase par jour sur mon projet en cours, quel qu’il soit. Je ne respecte pas toujours cette règle. Mais mes dates de remise sont espacées de quatre ou cinq mois. Du coup, en général, ce qui se passe, c’est que je termine un livre, puis je m’écroule pendant un mois, et tout à coup je suis prise de panique parce que je dois rendre le prochain dans deux ou trois mois. Je me mets à écrire mille mots par jour, ou deux mille ou trois mille si je peux, et vers la fin – dans le dernier mois avant la remise – je ne fais plus que ça, puis je m’écroule de nouveau, puis je recommence à paniquer… C’est un cycle d’écroulements et de paniques ! Mon mari est formidable, mes parents m’aident énormément, et mon éditrice, Amanda [Maciel] à Scholastic, est vraiment géniale et m’aide à organiser tout ce qui doit être fait pour que j’aie le temps de terminer mes livres. J’ai vraiment beaucoup de chance de faire ce que j’aime.

Oona : Qu’est-ce qui va se passer pour la série des Royaumes de feu ? Savez-vous comment vous allez la terminer ? Et pouvez-vous nous donner des indices sur une autre série ou un autre projet ?
Le treizième volume est achevé. La troisième bande dessinée le sera bientôt également. Et mon prochain livre, prévu pour février 2020, est un autre roman indépendant, bien que situé dans le même univers, et il est raconté du point de vue des humains de ce monde. Il s’intitule Dragonslayer [« tueur de dragons »] et suit le parcours de trois personnes qui ont grandi avec la menace constante des dragons au-dessus de leurs têtes. On en revient à la période présentée dans les cinq premiers volumes. Oona, tu te rappelles peut-être que dans ces cinq romans, on voit quelques humains…

Oona : Les charognards.
Tu vas pouvoir rencontrer certains de ces humains et voir les choses de leur point de vue. C’est vraiment un retournement de perspective bizarre, mais je suis contente de pouvoir de nouveau utiliser le mot « main » [et pas « serre » ou « griffe »]. Ensuite, il y aura les tomes 14 et 15, bien sûr. J’aime me focaliser sur chaque cycle individuellement. Je ne fais pas ça juste pour que la série continue : je veux écrire sur quelque chose qui me touche vraiment.

 

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