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Publié le 05/11/2016

Harry Potter : l'œuvre littéraire en sept points !

Virginie Douglas est maître de conférence au Département d’études anglophones de l’université de Rouen, spécialiste en littérature de jeunesse anglo-saxonne.

Carole Mulliez est l’auteur de la thèse intitulée Les langages de J.K. Rowling, soutenue en 2009.

Marie-France Burgain est l’auteur de la thèse intitulée Jeux d’écriture(s) et de réécriture(s) du cycle Harry Potter de J.K. Rowling, soutenue en 2015.
  CONTE

« La référence à l’univers du conte est fondamentale. Tout commence pour le lecteur quand il fait connaissance avec le héros, jeune orphelin, qui vit sous un escalier… Voilà l’archétype du personnage qui n’a rien au début mais dont le destin va être bousculé par un élément inattendu : Harry Potter découvre qu’il est un sorcier. »
Virginie Douglas


« J.K. Rowling est une conteuse hors pair et c’est sans doute pour cette raison que son texte se prête autant à la lecture à voix haute. Cela est surtout valable en anglais, la langue originale de son écriture. Les nombreuses allitérations donnent un rythme et un aspect chantant au texte. J.K. Rowling joue aussi avec les différents accents de l’anglais. Stephen Fry, le comédien qui prête sa voix à la version audio britannique de la saga, n’a d’ailleurs pas hésité à prêter des accents régionaux ou sociaux à certains personnages. Il a eu raison ! »
Carole Mulliez

 

DÉTAILS

« J.K. Rowling excelle dans l’art des descriptions en multipliant les détails. Son écriture est très visuelle et le lecteur parvient même à voir les émotions. Elles sont décrites et associées à des gestes, des couleurs. Les adverbes sont très nombreux.
Décrire minutieusement les repas et tout ce qui se mange est un trait classique de la littérature jeunesse que la romancière utilise beaucoup. Elle a d’ailleurs expliqué avoir travaillé en faisant des dessins et des croquis. Cela explique l’idée très précise qu’elle donne des lieux et des personnages. Cet aspect visuel de son écriture procure une vraie facilité de lecture. »
Marie-France Burgain dans des cultures multiples : la mythologie, des textes littéraires divers, mais aussi des
langues différentes… Voldemort s’appelle également ainsi dans la version originale en anglais. La romancière joue donc avec le sens français des mots : le vol de la mort s’applique à un personnage qui souhaite plus que tout être immortel. De la même façon, Malfoy évoque le mal, la mauvaise foi des membres de cette famille. »
Carole Mulliez

 

« J.K. ROWLING INCITE SON LECTEUR À RÉFLÉCHIR
ET D’UNE CERTAINE MANIÈRE, ELLE JOUE AVEC LUI. »
Marie-France Burgain, auteur de la thèse Jeux d’écriture(s) et de réécriture(s)
du cycle Harry Potter de J.K. Rowling

 

JEU LITTÉRAIRE

« Si la structure générale du roman est assez classique, des jeux de miroirs se tissent et l’histoire est propice à plusieurs niveaux de lecture et pousse à la relecture. J.K. Rowling incite son lecteur à réfléchir et d’une certaine manière, elle joue avec lui : des scènes se font écho de tome en tome et la romancière veut qu’il s’en souvienne. »
Marie-France Burgain

 

ONOMASTIQUE

« Harry Potter est un roman propice à l’étude des noms propres. J.K. Rowling a même expliqué avoir une collection de noms qui lui ont servi pour ses personnages ou pour les lieux. Parfois, elle joue avec les consonances, d’autres fois elle
donne des indices sur le sens. Les noms propres sont un vrai jeu de piste chez cette romancière !
En plus, J.K. Rowling est une grande lectrice. Elle inscrit l’aventure de Harry Potter dans la tradition de la littérature britannique en multipliant les clins d’œil et les références dans sa série. Par exemple, Miss Teigne, la chatte du concierge Argus Rusard, s’appelle en anglais Mrs Norris. Dans Mansfield Park de Jane Austen, Mrs Norris est une horrible bonne femme adepte des pires commérages ! Le serpent de Voldemort se prénomme, quant à lui, Nagini, clin d’œil possible à Nag, l’un des deux cobras du Livre de la jungle de Rudyard Kipling. Nag signifie d’ailleurs serpent en hindi. »
Carole Mulliez

 

ROMAN SCOLAIRE

« La saga Harry Potter s’inscrit dans la tradition typiquement anglo-saxonne des romans dits de school-story, c’est à dire de récit scolaire. Ce sous-genre de la littérature de jeunesse a vu le jour à la moitié du XIXe siècle. Tom Brown’s School Days,
publié en 1857 par Thomas Hughes, fait figure de texte fondateur de la catégorie. Ce sont des romans qui se déroulent dans les pensionnats anglais. Ces établissements forment des microcosmes propices aux aventures romanesques : les personnages y acquièrent des connaissances mais pour eux, c’est aussi l’école de la vie. De très nombreux titres ont été publiés dans cette veine. Harry Potter est parfois présenté comme un titre renouvelant le genre mais J.K. Rowling n’est pas la première à sortir ces récits du réalisme et à aller vers la Fantasy. C’est notamment le cas de Diana Wynne Jones avec son roman La chasse aux sorciers (série Les Mondes de Chrestomanci, en Folio Junior), dans lequel on trouve même une école de jeunes sorciers. Mais une chose est certaine, le succès de Harry Potter a aussi permis de remettre ces titres en avant. »
Virginie Douglas

 

SAGA

« J.K. Rowling n’a pas inventé la sérialité qui existait déjà depuis longtemps mais elle a confirmé une évolution. Le succès de Harry Potter a marqué le début d’une nouvelle ère pour l’édition de livres pour la jeunesse, en ouvrant la voie vers la
publication d’un grand nombre de séries de littérature fantastique. Par ailleurs, avec ces nombreux tomes, le roman d’apprentissage a changé et il permet désormais l’évolution du personnage sur une très longue période. Au fil des sept tomes, les seuils sont importants : Harry Potter et ses amis passent des examens, font leurs rentrées des classes après les vacances d’été, découvrent de nouvelles émotions… Entre 1997 et 2007, une génération de lecteurs a pu grandir en même
temps que leur héros. Bien sûr, tout est construit autour d’une grande intrigue principale mais le développement des différents tomes permet la multiplication de petites intrigues en plus. »
Virginie Douglas

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