Premières lectures : comment aider son enfant à lire seul ? (6/8 ans)

Lorsqu’on est parent d’un enfant en classe de CP ou de CE1, la tentation est grande de surinvestir le sujet de la lecture dès la rentrée, avec l’envie de voir très vite s’entasser les livres sur sa table de chevet… Mais, alors que l’enseignant assure l’apprentissage de la lecture avec méthode, quel est le rôle des parents ? Peut-on aider son enfant à trouver le chemin vers la lecture pour soi, ou doit-on le laisser trouver lui-même son rythme de lecteur ?

« Ne pas vouloir en faire trop »

Enseignante depuis treize ans en école maternelle et élémentaire, Laure Herrenknecht n’est pas contre l’idée de prolonger à la maison le travail de l’école dans l’apprentissage de la lecture, à condition de laisser son enfant libre de ses choix et de ne pas aller dans l’excès : « Une partie des devoirs consiste à lire dans un manuel ou des livres conseillés, on peut proposer d’autres lectures mais sans en faire trop et sans forcer. Il ne faut surtout pas transformer la lecture en corvée. Le parent doit accompagner son enfant autour du livre en continuant à lui lire des histoires, en l’ouvrant à d’autres lectures que celles du manuel de l’école et en le laissant choisir ses livres, sans jugement. »

Associer lecture et plaisir

En classe, l’enseignante ménage elle aussi des temps de « lecture plaisir » : « C’est un moment pour se détendre. En début d’après-midi, je leur laisse quinze minutes pour choisir un livre, le lire seuls ou juste regarder les images. J’apporte moi-même mon livre et je partage ce temps de lecture avec eux. » Mathilde Bréchet, auteure de la série Mes 100 premiers jours d’école,  qui s’adresse à ces primo-lecteurs, estime, elle aussi, que la notion de plaisir est essentielle pour donner confiance aux enfants : « Le fait de lire en famille, de voir ses parents lire eux-mêmes et apprécier ces moments pourra lui donner envie. »
Elle insiste également sur l’importance de la familiarité avec le livre au quotidien : « Côtoyer les livres de manière régulière les rend moins intimidants. Cela ouvre des portes à l’enfant et facilite l’accès à la lecture autonome. »
Selon elle, on peut aussi aider son enfant en créant une atmosphère propice : « Si cela est possible, aménagez un endroit agréable à la maison réservé à la lecture. Mais le déclic ne viendra jamais des autres. C’est ce qui est magique. Un jour, il va avoir envie de connaître la suite de l’histoire tout seul, d’avoir ce moment rien que pour lui ! »

Lire ensemble et chacun son tour…

Puisque les temps de lecture partagée sont précieux, même lorsqu’un enfant commence à savoir lire, aucune raison de l’en priver, « tout en proposant, s’il est réceptif, d’alterner pour lire une phrase ou une page chacun », conseille Laure Herrenknecht. « Petit à petit, il souhaitera peut-être lire davantage, voire terminer le livre seul. Mais il faut y aller pas à pas, car pour un enfant qui apprend, la lecture est une activité très fatigante, il ne faut pas lui en demander trop en fin de journée. »

Selon l’enseignante, à chaque étape d’apprentissage et de découverte de la lecture, le rôle d’étayage des parents est intéressant : « On peut ritualiser la lecture du soir : c’est un temps pour se calmer, se couper des écrans et tablettes et proposer de nouveaux livres sans forcer. Graduellement, on fait la transition entre le moment où c’est le parent qui lit et celui où l’enfant lit seul. »

Encourager, butiner et valoriser

Pour faire naître l’envie de lire par soi-même chez son enfant, Mathilde Bréchet propose de l’encourager à « butiner » sur d’autres supports : « La lecture permet de comprendre le monde autour de soi. L’enfant peut lire les messages des panneaux et affiches dans la rue ou les inscriptions sur les paquets de céréales, par exemple. On peut aussi le rendre fier en lui proposant de lire ou de mettre en scène un album pour son petit frère ou sa petite sœur. » Et pour renforcer sa confiance dans ses capacités de lecteur, « on le félicite, on le valorise, on lui dit qu’il progresse », ajoute Laure Herrenknecht.

Choisir et le laisser choisir

En tant qu’enseignante, Laure Herrenknecht encourage les parents à emmener leurs enfants à la médiathèque pour leur offrir un choix large et de qualité, et à demander conseil aux bibliothécaires, qui aiment transmettre et connaissent bien les titres. Auteure et éditrice de livres jeunesse, Mathilde Bréchet conseille de privilégier, au début, des livres aux textes courts et qui comportent des images, car les ouvrages trop difficiles, non adaptés, peuvent créer un blocage… « Ces jeunes lecteurs lisent souvent à voix haute au début de leur apprentissage, je veille donc toujours à ce que les textes soient fluides et que le jeu des sonorités fonctionne. Dans la série Mes 100 premiers jours d’école, les textes et les phrases sont courts, le vocabulaire est simple pour ne pas intimider le lecteur, même si nous nous autorisons quelques mots plus compliqués. » Certains enfants préféreront des récits qui ressemblent à ce qu’ils vivent à l’école, d’autres choisiront des histoires complètement farfelues, à eux de décider du livre qu’ils emporteront dans le calme de leur chambre, ou ailleurs !