Rencontre

Publié le 28/04/2021

Rencontre avec Jean-Philippe Arrou-Vignod et François Place

Avec Olympe de Roquedor, deux grandes plumes de la littérature jeunesse revisitent le roman de cape et d'épée. Rencontre.

 

© Chloé Vollmer-Lo

Comment vous est venue l’idée de cette héroïne badass ? Aviez-vous à coeur de présenter un personnage féminin moderne ?

Jean-Philippe Arrou-Vignod : Olympe n’est pas moderne : elle le devient au fil du roman. Tout la rattache d’abord à son époque, sa condition sociale et sa condition de très jeune femme. Elle va peu à peu s’émanciper des deux, échapper à la tutelle forcée du comte de Saint-Mesme pour devenir sujet de son propre destin. Nous avions envie, François et moi, de raconter cette double émancipation : de la presque enfant à l’adulte, de la victime d’un mariage forcé à la maîtresse de Roquedor, enfin libre de son destin dans le fief qui est le sien.

François Place : C’est amusant de voir qu’au départ on partait sur une autre idée, l’histoire de Oost et Décembre, deux personnages en marge, un vieux soldat borgne fourbu et un jeune marin hollandais déserteur. On tournait autour, sans trop savoir comment les faire se rencontrer, et puis est arrivé d’un coup, tiré par quatre chevaux au galop, un carrosse noir fonçant sur un mauvais chemin, où l’attendaient deux bandits en embuscade. Et ce carrosse contenait une jeune marquise. Elle n’avait pas encore de nom, cette petite marquise, mais nous avons tout de suite su que c’était elle que nous voulions suivre. Elle nous a littéralement entraînés dans son sillage.

 

Aviez-vous envie de rendre hommage au genre» de cape et d’épée» ou d’en tordre les codes ?

JPAV : Ma jeunesse a été marquée par la lecture des Trois mousquetaires, du Capitaine Fracasse, par Le Bossu et la série des Capitan au cinéma, interprétés par jean Marais. Des histoires fortes de chevauchées, de justice et de panache, auprès desquelles mon propre monde me semblait bien étroit et bien terne. Écrire Olympe de Roquedor a été une façon délicieuse de renouer avec ce bonheur d’enfance. Inutile pour moi d’en distordre les codes : ils sont ceux de l’aventure et du romanesque purs.

FP : Les codes du roman de cape et d’épée font un canevas idéal pour « jouer à » . Ce sont presque des stéréotypes. On y trouve forcément l’affrontement entre les coeurs nobles et les âmes sombres, une intrigue et des rebondissements, des cavalcades et des duels, des enjeux romanesques aussi simples qu’efficaces, tels qu’un mariage forcé ou la quête d’un trésor. Tout repose sur le rythme. Un bon roman de cape et d’épée se mène tambour battant, sans laisser au lecteur le temps de reprendre son souffle.

Peut-on dire que ce roman est surtout une histoire d’amitié ?

JPAV : D’amitié entre François et moi, oui. J’admire depuis très longtemps son formidable talent de romancier et d’illustrateur, et l’idée de mêler ma plume à la sienne était un beau défi. Mais ce roman est aussi celui d’une autre rencontre, celle de nos trois héros. Des êtres que tout oppose, l’âge comme la condition sociale, mais que l’aventure va unir d’une amitié indéfectible. J’ai adoré, pour ma part, voir se constituer peu à peu au coeur du livre ce trio improbable.

FP : « Ola, compadre », c’est comme ça que commencent mes mails envoyés à Jean- Philippe. Ça vient de vacances passées ensemble en Espagne. Nous sommes complices dans cette histoire, il ne nous manque plus qu’une rapière et un cheval…

Comment avez-vous procédé pour que cette écriture à deux voix semble n’en avoir qu’une ? Avez-vous « contraint » votre style dans un souci de cohérence avec celui de votre co-auteur ?

JPAV : Les choses se sont faites avec un grand naturel, en réalité. Très vite, dès les premiers chapitres, nous avons trouvé une langue commune, sans jamais nous contraindre ni chercher à gommer nos différences. Au contraire, la disparité de nos styles enrichit le roman, je crois, comme le fait sans doute l’association de nos deux imaginaires. De ce livre, de cette langue, de cette histoire et de ces personnages, je peux dire qu’ils sont complètement moi et, en même temps, qu’ils n’auraient pu exister sans François. Cette expérience d’une rare complicité amicale et littéraire a été le grand bonheur qui a présidé à l’écriture de ce livre. Ne reste plus qu’une dernière contribution pour que l’aventure soit complète : celle du lecteur.

FP : Quand nous avons terminé, l’été dernier, l’écriture avait pris des allures de partie de ping-pong, les mails s’envolaient, rebondissaient, on attrapait la plume au vol et on fonçait au galop. Franchement, nous nous sommes bien amusés. Les premiers retours de lecture nous disent que cette joie est communicative, alors : bon vent à Olympe de Roquedor !