Aborder les questions sensibles | Gallimard Jeunesse

Conseils de lecture

Maladie, décès, séparation : comment aborder les questions sensibles avec nos enfants ? (3-7 ans)

Quand surviennent dans nos vies des moments difficiles ou quand l’actualité nous amène à évoquer avec eux des sujets sensibles, comment trouver les mots pour parler à nos enfants, sans les effrayer ni leur mentir ? Quels sont les livres qui peuvent nous aider ?

Maladie, décès, séparation : comment aborder les questions sensibles avec nos enfants ? (3-7 ans)

Et si l’âge ne comptait pas ?
En parler ou pas. Expliquer ou non. Lorsqu’on vit avec de jeunes enfants et que l’on est confronté à une épreuve douloureuse, on se pose la question : faut-il leur en parler et jusqu’à quel point faut-il être explicite ? Face aux plus petits, on aurait plutôt tendance à garder le silence et à taire nos émotions pour les protéger et préserver la bulle d’innocence qu’est l’enfance. Un mauvais réflexe, selon la psychologue et psychanalyste Perrine Déprez : « Les parents pensent qu’un bébé n’est pas en capacité de saisir ce qui se joue autour de lui et les explications qui peuvent être données. Certes, les bébés n’intellectualisent pas mais, je le répète souvent, ils perçoivent tout et entendent tout. Donc, à partir du moment où se produit un événement qui a un impact sur les émotions des parents ou sur leur quotidien, il est primordial d’y mettre des mots et ces mots doivent être le plus clairs possible. »

Comment choisir les mots ?
« Mamie est partie au ciel », « Papa a un gros bobo », on préfère souvent, face aux tout-petits, atténuer une réalité trop difficile à nommer, au risque de ne pas leur donner toutes les cartes pour comprendre ce qu’il se passe. « Mieux vaut ne pas dissimuler ou amoindrir l’événement par des expressions qui n’ont aucun sens pour eux, conseille Perrine Déprez. Les enfants sont très logiques et prennent les choses littéralement, il est préférable d’utiliser les mots exacts pour énoncer les choses et les émotions. S’ils perçoivent de la tristesse, de la peur ou de la colère chez leurs parents sans obtenir d’explication, ils risquent de créer dans leur imaginaire une réponse plus inquiétante que la réalité. » Là encore, les livres sont précieux, pour mettre des mots appropriés sur les ressentis des adultes et des enfants. « Je conseille néanmoins de considérer le livre comme un support, note Perrine Déprez, duquel on ne doit pas tout attendre, c’est surtout un point de départ pour la discussion. »
Pour prononcer des mots difficiles avec son enfant, Clémence Prompsy, psychologue et co-fondatrice du cabinet de coaching familial Kidz et Family, propose une autre astuce : « Le discours n’évite pas les mots durs, mais le corps et la voix renvoient une attitude sécurisante, ni stressée ni angoissée. Ainsi, on montre qu’on peut garder son calme face au deuil, à la tristesse ou à la colère. » Et que la vie continue...

Le pouvoir des histoires
Pour aborder les sujets sensibles avec nos enfants, il existe des livres aux titres explicites, plutôt didactiques, et conçus pour libérer la parole et trouver les mots. Mais il y a aussi toutes les histoires qui abordent les mystères de la vie : les relations humaines, la séparation, la douleur, la tristesse, la colère… Certaines peuvent sembler trop difficiles pour être lues avec un enfant, mais, pour Perrine Déprez, « elles l’autorisent à avoir accès à ses émotions, à s’identifier à un héros qui se reconstruit malgré l’épreuve, et in fine à lui faire toucher du doigt l’ordre du monde et de nos affects ». La toute-puissance de l’imaginaire des enfants, stimulée par les livres, en particulier entre 2 et 5 ans, joue tout son rôle aussi dans les moments difficiles, selon Clémence Prompsy : « Les contes montrent qu’on peut faire ce qu’on veut, qu’on a tous les pouvoirs face à la vie. Ils offrent des formules magiques, qui n’empêchent pas aux émotions d’être exprimées et digérées, mais qui rendent la vie plus belle. » Pour la psychologue, cette imagination sans limites est leur manière de se protéger et, pour nous, une belle façon de les épargner un peu, le plus longtemps possible.