Fanfiction Le Livre des Étoiles | Gallimard Jeunesse

Fanfiction Le Livre des Étoiles

 
La lueur vacillante de la flamme d’une torche se dessina dans l’ombre. Guillemot se remit à courir. Mais, soudainement, il tomba sur une impasse.

- Nooooooooooooooon, tout mais pas ça ! 

Guillemot paniqua. Vite, il devait trouver un moyen d’échapper à l’Ombre. Il passa en revue ce qu’il s’était passé et marqua un temps d’arrêt : il avait détruit l’Ombre, qui se trouvait être le Grand Mage Charfalaq. Guillemot avait d’ailleurs perdu sa magie à cause de lui. Mais alors, qui pouvait donc bien le poursuivre ? Il réfléchit aux gens qui le détestaient et à qui il rendait la pareille. Thunku, le chef de Yâdigâr, avait disparu après la bataille de Yénibohor, et ses orks étaient tous morts ou prisonniers. Guillemot se perdit dans ses pensées mais fut brusquement ramené à la réalité lorsque la torche de son poursuivant commença à se faire de nouveau voir. Guillemot grogna et souffla sur sa torche en espérant que son poursuivant n’allait pas le voir. L’Apprenti entendit des bruits de pas et étouffa un cri lorsqu’il vit le visage de l’autre personne. 

- Kushumaï, murmura-t-il surpris, avant de courir vers sa mère. 

Il avait appris par l’Ombre que ses vrais parents étaient Qadehar, le grand sorcier qui avait été proclamé Chef de la Guilde à la place de Charfalaq, et Kushumaï, la redoutable chasseresse de l’Irtych Violet. Guillemot arriva à sa hauteur et lui tendit les bras. Mais Kushumaï passa à travers son fils. Des larmes coulèrent sur les joues de l’Apprenti. Il s’empressa de la rejoindre. 

- Maman ? 

La Chasseresse ne broncha pas.

- Maman, ce n’est pas drôle, dit-il en refoulant ses larmes. Pourquoi ne me réponds-tu pas ? 

Il se mit devant elle et marcha jusqu’à arriver à l’impasse. Kushumaï s’arrêta et regarda son fils. 

- Si tu crois que cela m’amuse de courir dans ton labyrinthe, dit-elle sèchement, tu te mets le doigt dans l’œil. 

Le visage du garçon se décomposa. 

- J’ai toujours apprécié ton culot, Kushumaï, dit une voix grave derrière Guillemot. 

Guillemot se retourna et se retrouva face à un homme étrange. Ses cheveux noirs étaient gras et sales et une énorme cicatrice barrait son visage assombri par ses yeux brun foncé. Mais le plus singulier était son corps qui était recouvert d’écailles vert menthe et jade. L’impasse derrière lui était maintenant fendue en deux et menait à un long passage éclairé de torches accrochées au mur. 

- Je ne suis pas venue pour que tu me fasses la cour, Fehuruzi, dit Kushumaï d’un ton froid. Montre-moi où je peux m’installer. 

Fehuruzi passa sa langue sur ses lèvres craquelées et fit signe à Kushumaï de le suivre. Guillemot les rejoignit et essaya de donner une bourrade affectueuse à sa mère. Il passa à nouveau à travers elle. Il fit la moue et continua à les suivre dans le tunnel. Ils débouchèrent bientôt sur une vaste salle où une jeune femme, aussi belle que Fehuruzi était dégoûtant, était déjà installée. La pièce n’avait pas beaucoup de décoration :  juste une table, quelques armoires, un piédestal et un grand tapis dans les tons de feu. La femme se leva et marcha vers Kushumaï. 

- Kushumaï, dit la femme chaudement. Comment vas-tu ? 

- Plutôt pas mal, mais j’ai vraiment besoin d’une vision. 

- Bizarrement, ricana Fehuruzi. 

Kushumaï lui mit une claque. 

- Du calme Kushumaï, dit la jeune femme. 

- Oui, répliqua Fehuruzi. Écoute Caïrya. C’est la voix de la raison.

- Tais-toi, dit Caïrya. Viens Kushumaï. 

La jeune femme conduisit Kushumaï vers le tapis et lui recommanda de s’asseoir tandis que Fehuruzi partit en grognant quelque chose comme "Toutes les mêmes".
Guillemot se rapprocha de sa mère qui disposait des feuilles de divers arbres en cercle autour d’elle. Elle s’assit et ferma les yeux en soufflant doucement pour se calmer. Caïrya ferma elle aussi les yeux et entama un chant compliqué en bougeant les mains ici et là. Guillemot dut se retenir de rire face aux gestes bizarres de Caïrya.  Soudain, Kushumaï commença à briller et Guillemot essaya de prendre sa main. Il ne réussit pas mais bascula avec sa mère. Une première scène montrait la vie qu’il avait eue avec tous les moments qu'il avait vécus, les bons comme les mauvais. Une seconde scène le montrait ensuite avec Kushumaï : il passait une vie paisible au coté de sa mère et de son père mais à un moment, la peur s'afficha sur leurs visages tandis que Charfalaq s’emparait du monde. Les images disparurent et ils se retrouvèrent dans la pièce. Kushumaï sanglotait tandis que Caïrya la prenait dans ses bras. 

- Je dois abandonner mon bébé, dit Kushumaï.  

- Pourquoi ?   
                                                      
- Il devra sauver le monde. Si je le garde, les trois mondes seront envahis par le pouvoir de l’Ombre. 

- Je suis sincèrement désolée, dit Caïrya. Comment vas-tu le dire à Qadehar ? 

- Il ne le sait pas. Et il ne le saura pas. 

Kushumaï se leva. 

- Bon, je dois y aller. Merci pour ton aide Caïrya. 

- Et moi ? s’indigna Fehuruzi. 

- On peut savoir ce que tu fais là? s'indigna Kushumaï.

- Euuuuuuuuh…je vous espionnais, avoua Fehuruzi. Mais j'ai quand même droit aussi à un petit merci, non?

- Toi ? Tu n’as rien fait à part me conduire ici! rétorqua Kushumaï furieuse.

Fehuruzi grogna. Kushumaï adressa un dernier signe de la main à Caïrya et s’engouffra dans le dédale de la montagne. Guillemot la suivit et remarqua pour la première fois que Kushumaï avait un peu grossi depuis leur dernière visite. Guillemot devina enfin ce qu’il se passait. Il avait été aspiré dans le passé et il comprenait enfin pourquoi sa mère l’avait abandonné. Il voulut la prendre dans ses bras et lui dire qu’il avait passé une superbe vie. Mais il était dans une vision, et ne pouvait donc pas interagir. Il comprit pourquoi Kushumaï ne lui avait pas prêté attention. Elle ne le voyait pas. Ils débouchèrent sur une clairière. Guillemot fut ébloui par la clarté de l’extérieur, contrastant avec le noir de la montagne. Kushumaï continua à marcher, bientôt suivie par le jeune Sorcier. Ils arrivèrent dans un village. Guillemot le reconnut tout de suite. Ferghânâ, la ville des marchands. Guillemot y avait rencontré Kyle, qui était en ce temps-là encore un esclave.

- Kushumaï, dit une voix que Guillemot reconnut entre mille. 

Il se retourna vers Qadehar, son père, qui accourait vers Kushumaï. Il paraissait plus jeune.  

- Qu’est-ce qui t’a pris si longtemps pour revenir ? 

- Fehuruzi a encore fait l’imbécile. 

- Tiens, ça ne m’étonne pas ça, dit Qadehar en riant. 

Il se racla la gorge et imita Fehuruzi. 

- Bonjour, Kushumaï. Toujours autant de culot ? 

Kushumaï rit. Elle prit la main de Qadehar. 

- Azhdar…

- Oui ?

- Je dois retourner dans l’Irtych Violet…

Elle fut coupée par Qadehar qui la prit dans ses bras. C’était la première fois que Guillemot voyait ses parents comme ça. Qadehar finit par rompre leur étreinte mais garda ses mains dans celles de Kushumaï. 

- On se retrouvera très vite.

- Non, j'ai une mission qui durera plus longtemps que prévu. Je risque de ne plus te voir avant… un long moment, dit-elle pour le préparer à ce qui les attendait.

- Tu verras, on se retrouvera vite, j’en suis sûr ! lui répondit-il optimiste mais inconscient de la décision qu’elle avait dû se résoudre à prendre. Sache que je serai toujours là pour toi.  

Après un au revoir, elle partit, le cœur brisé, vers la grande forêt de l’Irtych Violet. Elle marcha longtemps suivie de Guillemot qui aurait tant voulu lui parler. Puis ils arrivèrent à la lisière de l’Irtych Violet. Kushumaï entra dans le bois et Guillemot essaya de la suivre pour en savoir plus. Mais il se réveilla brusquement. Il était dans son lit entouré de ses fidèles amis. Ambre le regarda droit dans les yeux. 

- Ça va ? demanda-t-elle. 

- Parfois la vie est tellement cruelle, répondit-il en séchant les larmes qui coulaient sur ses joues.

Zoé