Entretien

Publié le 27/01/2021

Entretien avec Claire Castillon

Dans son nouveau roman jeunesse, Claire Castillon se met dans la peau de Guilène qui a des parents âgés. Un roman psychologique savoureux et cruellement drôle sur les affres de l'entrée au collège. Rencontre avec une auteure dotée d'un sens aigu de l'observation et d'une franchise sans concession.

L’arrivée en classe de sixième est décrite comme un passage dans un nouveau monde, avec des nouveaux repères, des nouveaux codes… Pensez-vous que l’entrée au collège soit une sorte de bascule dans la vie d’un enfant ?
J’ai l’impression que tout est bascule dans la vie d’un enfant mais que la bascule n’a pas le sens déséquilibré qu’on lui donne nous, adultes. La bascule est un jeu, qui permet  un rebond. Je me souviens que l’entrée en sixième m’a donné le sentiment d’une plus grande liberté. Je me suis dit « ça y est ». Mais ça y est quoi? Je n’aurais pas su dire.
                                                                      
La différence et le regard des autres sont des problématiques très présentes dans vos romans. Ici, Guilène se distingue parce que ses parents sont  des « viocs ». Qu’aviez-vous envie de dire en choisissant cette « différence » ?
J’avais envie qu’elle se rende compte de sa chance. Elle a des parents qui profitent, qui prennent le temps, qui donnent du sens à chaque chose et ne les enchainent pas comme des automates, le nez dans le guidon. J’avais envie qu’elle se rende compte, malgré leur aspect vieillissant, que l’amour que les parents se portent l’un à l'autre est incroyablement fort, même s’ils ne donnent pas une image glamour du couple. Ils font des jeux de société, le soir, après le dîner. C’est plein de chaleur humaine. Personne ne se force. C’est ça la différence. Personne n’est frustré en fait.
 
Guilène se retrouve tiraillée entre deux émotions contradictoires: l’amour pour ses parents et la honte qu’ils lui inspirent.
Vous décrivez cette ambivalence avec beaucoup de justesse. L’avez-vous vécue ? observée ?
Parfois je me trouve vieille à la sortie de l’école et je me dis Pourvu que ma fille ne le remarque pas! Mais ça y est, c’est fait, elle a remarqué. Je lui montre énormément de vieux films alors elle croit qu’à mon époque on vivait en noir et blanc. Mais ce n’est pas grave. Parfois aussi, je lui explique que si un jour elle a un portable, c’est certes moderne, mais je risque de l’appeler dessus toutes les trois minutes pour lui dire « t’es où? T’es arrivée? T’es repartie? Tu rentres à quelle heure? T’es avec qui? » Alors que si elle n’en a pas et que l’heure du retour est fixée et scrupuleusement respectée, je respecte sa liberté et je lui fais confiance.Et puis dans ce roman j’avais envie d’évoquer l’absurdité d’un tiraillement : j’adore être avec  mes parents, on rit, on est heureux, c’est léger, c’est doux, c’est fort, c’est génial, mais qu’est-ce que j’ai honte!

«La honte est comme un sentiment amoureux,
un moteur vrombissant qui permet les bascules!»

Après avoir lu le roman, on se dit à la fois que l’âge compte,  et à la fois, que l’essentiel est bien ailleurs.
Qu’en pensez-vous ?
Vous prêchez une convertie. L’âge n’a jamais été une question pour moi. A vingt-cinq ans, j’avais une amie de 84 ans. Mais il faut laisser aux adolescents le temps d’avoir honte. D’une mère trop délurée, trop coincée, trop moche, trop belle, trop sévère, trop mollassonne, et si on n’a pas de raison, on peut avoir honte de son jean ou de sa barrette ou de sa voix. La honte est comme un sentiment amoureux, un moteur vrombissant qui permet les bascules!

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