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1882

J’avais seize ans quand j’ai décidé de commencer ce journal. Je sentais que la douce période de l’enfance touchait à sa fin et je pressentais que des changements allaient modifier le cours de mon existence. Mon frère Bertram et moi sommes nés à Londres, mais notre famille vient du nord du pays. À la maison, nous passons la plupart de notre temps à dessiner et à étudier notre collection d’animaux.


Courtesy of
Frederick Warne
Jeudi 29 novembre 1883

Je vais chez Madame A’s pour douze leçons d’art. Je n’aime pas trop cela, ce qui est plutôt décevant. Elle ne parle de rien d’autre que d’adoucir, d’atténuer les couleurs et de la luminosité des ombres, si bien qu’on ne voit plus rien. Bien sûr, je peux peindre comme je l’entends quand je ne suis pas avec elle.



Courtesy of
the V&A museum


Lundi 19 mai 1890

J’ai enfin une bonne nouvelle à annoncer. J’avais décidé que je devais poursuivre mon effort en matière de cartes de vœux. J’ai donc préparé six dessins, en prenant pour modèle mon fidèle et docile lapin, le charmant Jeannot Lapin. J’étais prête,à grand renfort de timbres, à les envoyer à tous les éditeurs, mais le matin qui a suivi ma première tentative, un chèque de £6 et une lettre très polie(écrite par quelqu’un qui pensait que j’étais un homme) arrivèrent, me demandant d’envoyer plus de croquis.



1893-1894

J’ai commencé à travailler sérieusement, utilisant toujours des animaux (les miens ou ceux d’autres gens) comme modèles.


Mardi 5 juin 1894

J’ai réussi à vendre les images de mon histoire de grenouille. Un jour, j’aimerais faire un joli livre à propos d’une grenouille, avec des fleurs et des plantes d’eau.

 

Vendredi 4 septembre 1895

Lettre envoyée à Noël, le fils malade de mon ancienne gouvernante Mme Moore. « Mon cher Noël, je ne sais pas quoi t’écrire alors je vais te raconter l’histoire de 4 petits lapins… »




Lundi 1er Janvier 1900

Je pense à nouveau à faire un livre pour enfants. Les enfants Moore m’ont autorisée à emprunter leurs lettres illustrées et j’ai recopié le conte de Pierre Lapin dans un carnet.


Mardi 13 mars 1900

Un autre refus aujourd’hui pour “Le conte de Pierre Lapin et le jardin de Monsieur McGregor”. Les éditeurs Frédérick Warne & Co semblaient être intéressés et je me suis déplacée aujourd’hui pour rencontrer M. Harold Warne. Mais il voulait un plus gros livre, ce que je ne peux pas faire, et nous avons eu des mots. C’est odieux pour quelqu’un de timide d’être rabroué, surtout quand la personne timide a raison. Si personne n’accepte le livre tel qu’il est, je vais le faire imprimer moi même.


Mercredi 11 septembre 1901

Je l’ai fait !
Messieurs Strangeways ont imprimé 250 exemplaires au prix de £17. L’impression est assez réussie.


Vendredi 13 décembre 1901

J’ai envoyé mon petit livre à Frederick Warne & Co. Ils m’ont encore une fois encouragée, mais, cette fois, ils m’ont dit qu’il fallait absolument que les illustrations soient en couleur.


Vendredi 25 avril 1902

J’ai commencé à préparer les dessins en couleur. Je me suis rendue plusieurs fois aux bureaux Warne, toujours avec ma chaperonne car Maman insistait. Je suis reçue par Norman Warne, un homme charmant, qui me fait l’honneur de prendre mon livre au sérieux.


Lundi 6 octobre 1902

L’édition en couleur du conte de Pierre Lapin sera dans les librairies cette semaine. Le livre est très joli. Monsieur Warne a eu raison d’insister pour la couleur.


Jeudi 5 février 1903

Nous avons décidé avec Norman Warne de sortir deux livres cette année.





Courtesy of
a private collector


Lundi 1er juin 1903

Monsieur Warne m’a invitée à déjeuner avec sa famille dans sa maison de Bedford Square. J’ai rencontré sa mère et sa sœur Millie, que j’ai beaucoup aimées. Les enfants de son frère sont de charmantes petites filles.


Mardi 10 novembre 1903

J’ai reçu une lettre gentille de Monsieur Warne. Je suis heureuse que les livres se vendent. Mais quelle quantité incroyable pour Pierre Lapin ! 50 000 exemplaires ! Le public doit être fou de lapins.

1905

Travailler avec M. Warne est devenu mon plus grand plaisir. Quand il voyage pour le travail ou que je pars pour les vacances, mes visites à son bureau me manquent vraiment beaucoup. En juillet, Norman Warne m’a demandée en mariage et j’ai dit oui. Je n’avais jamais connu de telle joie. Mais mes parents ne veulent pas que j’épouse un homme d’affaires, et la vie n’est pas facile tous les jours.


1905-1906

Après le décès de Norman, sa famille m’a encouragée à poursuivre dans l’écriture, et leur gentillesse a été mon plus grand réconfort. Mais mon cœur est maintenant dans la région des Lacs, et je souhaite y acheter une propriété pour repartir à zéro.




Courtesy of
the Warne archive