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Le prince de Motordu fête ses 25 ans
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Rencontre avec Pef
 
Rencontre avec Pef
Gallimard Jeunesse : Pef, qu'est-ce qui a motivé votre souhait de faire des livres pour enfant ?
Pef : J’aime autant écrire que dessiner, et seule la littérature de jeunesse me permet, pour le moment, de satisfaire ces deux passions.

GJ : Quelle est la place de l'écriture et du dessin dans votre vie?
Pef : Parfois je me sens plutôt dans l'écriture, parfois je ne fais que dessiner, comme un balancier dont le mouvement échapperait à toute mécanique logique.

GJ : Accordez-vous plus d'importance à l'illustration ou au texte?
Pef : Le texte est un scénario. Vient ensuite la mise en images.
Mais, quand j'écris, je pense déjà aux images, sauf quand le texte n'est pas de moi. Je peux retravailler mes textes après la mise en images.
GJ : Comment naît le sujet d'un livre?
Pef : Un livre naît mystérieusement. Parfois, il s'agit d'un moment d'enfance qui remonte à la surface, comme ce souvenir d'un premier jeu de mots du haut de mes 7 ans et qui a donné vie au prince de Motordu.
Parfois aussi, l’idée d’un livre naît d’un petit événement, comme avoir des poux, car je fréquente beaucoup les zones scolaires à risques.


GJ : Comment expliquez-vous ce succès dont on fête aujourd'hui les 25 ans?
Auriez-vous, grâce aux histoires du prince de Motordu, trouvé le moyen magique de stimuler l'envie de lire chez les enfants?

Pef : Le succès n’est pas seulement celui d'un livre. Il est celui de la liberté et de la poésie. Il récompense la prise de pouvoir des enfants sur le langage et leur grande disponibilité envers cet outil qu'est la langue, véritable pâte à modeler, jouet inusable et gratuit.

GJ : Comment vous est venue l'idée de mettre aujourd'hui en scène le prince de Motordu?
Pef : Le prince de Motordu est un comédien, il joue un rôle, il est le héros de la petite insolence du langage. Les enfants se reconnaissent en lui. Et puis il parle tordu, ce qui en fait un porte-drapeau. Il manifeste et la scène est un lieu de « manif » très festif. La belle lisse poire a fait l'objet de nombreuses adaptations officielles ou non. Dans le recueil de théâtre où il intervient comme un régisseur, le prince passe, avec confiance, le relais aux enfants qui vont essayer de se montrer dignes de cette confiance.

GJ : Vous êtes très souvent sollicité pour rencontrer les enfants en classe et sur les salons. Quel enrichissement y trouvez-vous?
Pef : Il y a chez moi une réelle liaison avec les gens et ce, depuis toujours.
Je veux être un artisan dans la société. Je fais des livres et je le fais savoir.
Quand on a des centaines de milliers de lecteurs, on se prend d'affection pour ces couleurs du monde, ces lieux lointains ou proches, cette immense famille qui vous donne des nouvelles, vous invite, vous permet de boucler cette boucle étrange; celle qui part du créateur et le conduit au sourire de ceux qui l’ont lu, qui veulent le connaître et le reconnaître, de génération en génération.
Mes lecteurs grandissent, me le prouvent, et naissent ailleurs de nouveaux dévoreurs qui, à leur tour, dévorent mes histoires. Quoi de plus émouvant?
Et puis mes premiers lecteurs ont la petite trentaine. Pour eux, j’ai écrit Le soleil sur la langue, récit poétique de 365 levers de soleil (Éditions Zoé).

Biographie

Pierre Elie Ferrier, dit Pef, est né le 20 mai 1939 à Saint-Jean-des-Vignes, en Bourgogne.
Fils de maîtresse d’école, Pef a vécu son enfance, enfermé dans diverses cours de récréation. Après des études secondaires, il a pratiqué les métiers les plus variés. Il entame une carrière de journaliste, signe des tonnes de BD, des centaines de reportages, devient rédacteur en chef de Francs Jeux puis de Virgule. Essayeur de voitures de course, ou responsable de la vente de parfums pour dame, enfin à trente-huit ans et deux enfants, il dédie son premier livre, Moi, ma grand-mère, à la sienne, qui se demande si son petit-fils sera sérieux un jour. En 1980, il donne vie à son personnage, le prince de Motordu.

Lorsqu'il veut raconter ses histoires, Pef utilise deux plumes: l'une écrit et l'autre dessine. La première dérape à la moindre occasion et la seconde la suit les yeux fermés.
Il a publié près de 200 ouvrages en tant qu’auteur ou illustrateur.

Pef, avant d'être un auteur à succès, est un écrivain et un dessinateur militant.
Parmi les artistes s'intéressant à l'enfance, il est l'un de ceux qui ont le mieux compris que la bataille contre l'illettrisme était à mener par des actions parallèles à l'enseignement. Le nom de Pef est d'abord lié aux dessins de presse (dans Arts, Francs Jeux, Virgule), puis aux disques pour enfants d'Anne
Sylvestre et de Pierre Chêne, dont il illustra les albums avec un humour tendre.
Par charisme personnel et avec un tempérament fort d'animateur d'association, il n'a jamais cessé d'être à l'écoute des enfants, passant autant de temps avec eux, en rencontres et en discussions, qu'à sa table de travail.

Depuis près de vingt-cinq ans, collectionnant les succès, Pef parcourt inlassablement le monde entier à la recherche des glaçons et des billes de toutes les couleurs, de la Guyane à la Nouvelle-Calédonie, en passant par le Québec ou le Liban.
Il se rend régulièrement dans les classes pour rencontrer son public, à qui il enseigne la liberté, l’amitié et l’humour. Depuis 1995, 2 écoles et 3 bibliothèques portent son nom.

Chaque matin du 36 du mois, c'est-à-dire tous les 2 ou 3 jours de son propre calendrier, Pef court sur les chemins de sa campagne, discute avec les alouettes, les crottes de lapin et les fossiles des Yvelines. Ses meilleurs amis sont le vent, les nuages et trois petites étoiles qu'il est le seul à connaître.