L'âge du "non"

Une petite révolution…

Vous aviez l’habitude de décider à la place de votre enfant et soudain cet être haut comme trois pommes se met à dire « non » à tout bout de champ. Fini le bébé docile, vous voici confronté à une petite personne en opposition systématique aux propositions de la vie quotidienne : manger sa purée, s’habiller, sortir du bain, donner la main dans la rue… « Quel caractère ! », « Çà promet à l’adolescence ! », « Qu’ai-je fait pour avoir un enfant pareil ? » : autant de pensées qui tracassent les parents, oublieux de leur propre enfance…

… qui n’est autre qu’une évolution

L’entrée dans cette première phase d’opposition se situe le plus souvent entre 18 mois et 2 ans. Avec l’acquisition de la marche, l’enfant a fait - au sens propre et figuré - ses premiers pas vers l’autonomie. Son identité se construit : il se différencie de mieux en mieux de l’adulte, dit « moi » pour se nommer et commence à revendiquer sa place. Le « non » n’est pas tant un refus qu’une manière d’affirmer son individualité naissante. On le voit bien chez les tout petits pour qui les premiers « non » peuvent aussi bien vouloir dire « oui » ! En disant « non », l’enfant veut d’abord dire à l’adulte : « Je ne suis pas toi ».

 

Chacun son tour !

Avide d’explorer le monde et de faire ses propres expériences, le jeune enfant se trouve confronté à de nombreux interdits. Face à ses impatiences et ses bêtises, les adultes multiplient les « non ». S’appropriant le pouvoir de ses parents, l’enfant use et abuse à son tour de ce mot magique pour affirmer ses propres désirs.  Avec le « non », le voici en capacité de dire à l’adulte : « Je ne veux pas comme toi » et il ne s’en prive pas…

Non, c’est non…

On dit souvent que l’âge du « non » précède l’âge de la socialisation. Et pour cause : le « non » est une manière pour l’enfant de tester les limites à ne pas dépasser et de commencer à intégrer les règles et interdits de la vie en société. En réponse à ses « non », il attend des adultes un cadre solide et rassurant dans lequel il puisse se repérer et se construire. Céder à chaque « non » pour faire plaisir à l’enfant ou éviter ses colères n’apportera qu’un soulagement illusoire. Aux parents de fixer les points importants sur lesquels il n’y a pas lieu de transiger.

… avec des nuances !

Exercer son autorité, transmettre des valeurs, c’est essentiel mais, bien entendu, avec respect et sans rigidité excessive. Assortissez vos exigences d’explications simples mais vraies.  Si vous n’avez pas le temps de discuter, n’hésitez pas à dire à votre enfant : « Je comprends que tu ne sois pas d’accord mais c’est comme ça, c’est l’heure de … ». Pour signifier un interdit, les explications neutres et objectives (on n’a pas le droit de, c’est dangereux de, c’est défendu de…) sont toujours préférables aux formulations subjectives et chargées d’émotion. Par ailleurs, lorsque le « non » porte sur des détails sans importance, n’hésitez pas à faire des compromis, voire à user d’un peu d’humour pour désamorcer le conflit.

Dans les livres, le non se décline sur tous les tons

Voir ses petits héros ou héroïnes dire « non » en boudant, pleurant, trépignant, quelle jubilation pour l’enfant !  Entre humour, malice et tendresse, les ouvrages jeunesse donnent la part belle aux « non » des tout petits. L’enfant adore retrouver dans des histoires imaginaires les expériences qui lui sont familières. S’identifiant tantôt à celui qui dit « non », tantôt à l’adulte qui détient l’autorité, l’enfant « joue » de manière vivante et créative avec les situations fictives qui lui sont proposées et cela lui fait grand bien.

France Cottin
Psychologue pour enfants

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